L’errance, du latin errare, signifie « s’égarer, se déplacer sans but précis ».
Dans le champ de la protection de l’enfance, le terme « errance » demeure marginal. Il est souvent confondu avec celui de « fugue », dont l’usage dominant finit par effacer la spécificité de l’errance et la réalité qu’elle recouvre.
Pourtant, ne serait-ce pas précisément à travers le prisme de l’errance que nous pourrions mieux appréhender la complexité des parcours de jeunes confronté·es à la traite des êtres humains ?
Visiter et revisiter l’errance, c’est reconnaître qu’elle ne se limite pas à un moment de rupture ou à une disparition passagère. C’est l’appréhender comme une trajectoire, une quête, un itinéraire parfois long, marqué par la contrainte, l’instabilité, la répétition des ruptures, l’éloignement du foyer d’origine, et souvent par une forme d’errance institutionnelle.
Que représente l’errance lorsqu’elle est imposée par un chemin de vie subi, contraint par des violences multiples, par l’exploitation, ou par l’absence de réponse adaptée des dispositifs de protection de l’enfance ?
L’errance peut aussi être comprise comme un reflet d’une errance psychique, traduisant une difficulté à se fixer à un territoire, à se stabiliser dans un lien ou un lieu, après avoir été délogé·e, déplacé·e, arraché·e, à un espace familial, social ou symbolique.
Comme l’écrit le psychologue Daniel Derivois, « les mobilités spatiales participent d’un effort de retrouver ce lieu perdu et de reconstruire l’espace psychique », et « les processus d’errance, en ce qu’ils mettent en scène un corps se déplaçant sans but précis dans l’espace, participent d’une interrogation des limites du corps ».
L’errance porte en elle un langage, un mouvement qui dit le manque, l’inachèvement, le besoin de retrouver un point d’ancrage, souvent liés à des trajectoires fragmentées.
Dès lors, l’errance des mineur·es victimes de traite des êtres humains ne peut être pensée uniquement comme un trouble comportemental ou une déviance, mais comme le symptôme d’un écosystème qui n’a pas su accueillir, contenir, protéger.
Colloque européen sur l’Errance des mineur·es victimes de traite des êtres humains
C’est à cette lecture complexe que l’association Koutcha invite les professionnel·le·s lors d’un colloque européen qui se tiendra le 19 mai 2026 à Paris.
À travers des approches théoriques, institutionnelles et de terrain, cette journée ouvrira un espace de réflexion pour mieux comprendre ce que recouvre l’errance dans ces parcours de vie entachés par la traite, en explorer les causes et les manifestations, mesurer ses impacts sur les jeunes, et dégager de nouvelles perspectives en matière d’accompagnement et de protection.
Informations pratiques
Inscription et accès à l’événement :
- L'inscription à cet événement est gratuite, mais obligatoire.
- Lien d’inscription et informations
Lieu et horaires :
Mardi 19 mai de 8h45 à 17h30
Ministères sociaux, 14 avenue Duquesne, Paris 7e
Contact : Pour toute question, écrivez à : j.bobeau@koutcha.org et f.marengo@koutcha.org.
L’association KOUTCHA
L'association Koutcha a pour objectif de proposer un dispositif d’accueil particulier permettant aux mineurs et jeunes majeurs victimes de traite de se libérer de l’emprise qu’ils subissent ; de bénéficier d’un accompagnement leur permettant de se reconnaître en tant que victimes de traite des êtres humains et d’adhérer à un programme pédagogique, individualisé, dans le droit commun, leur permettant d’intégrer après un certain temps un dispositif plus classique.
Olivier Peyroux, son Président, est sociologue, spécialisé sur le phénomène de la traite des êtres humains, des mineurs en particulier. Chercheur et engagé sur le terrain, il est l’auteur de plusieurs publications sur le sujet.
Article rédigé par Lila Romettino, chargée de mission référence de parcours pour l’association Koutcha