L’aller-vers est destiné à aller à la rencontre des personnes sur le terrain qui sont éloignées des dispositifs d’accompagnement. C’est avant tout une écoute offerte à des personnes isolées et un espace d’information sur les possibilités d’accompagnement et d’alternatives à la prostitution.
Une démarche totalement gratuite qui s’inscrit dans la durée
L’aller-vers s’inscrit dans une temporalité assez longue.
L’objectif est premièrement de créer un lien de confiance avec les personnes les plus exposées aux violences en prostitution, par des rencontres régulières, jusqu’à ce qu’une relation se tisse et s’établisse, pour ensuite faire émerger l’expression des besoins et imaginer un accompagnement vers la sortie d’exploitation.
C’est par une présence fréquente sur le terrain que les travailleurs sociaux sont identifiés et reconnus par le public en tant que service gratuit d’aide et de soutien, et donc comme un potentiel recours en cas de besoin.
A la différence d’un service d’aide sociale classique, l’anonymat et la confidentialité sont garanties dans la démarche d’aller-vers. Aucune contrainte n’est imposée aux personnes rencontrées. La démarche est totalement gratuite, et rien ne se fait sans l’adhésion de la personne.
Cette notion de libre-adhésion est essentielle pour tisser un lien de confiance avec les personnes. Il s’agit alors essentiellement de se préoccuper de leur état de santé physique et mental, de les considérer en tant que sujet au sein d’une relation libre et gratuite et de se rendre disponible pour elles.
L’aller-vers est donc avant tout un espace d’écoute et d’échange, favorable à la relation humaine et sociale, dont chaque personne rencontrée peut se saisir de la façon dont elle le souhaite.
Ce sont les conditions nécessaires à la création d’un lien de confiance, à l’émergence des besoins ensuite, et enfin à l’adhésion à un accompagnement vers la sortie d’exploitation.

Répondre premièrement aux besoins de santé
La première accroche, avant de parler d’accompagnement sur les différents volets de la vie ou de sortie d’exploitation, est de proposer un soutien de santé aux personnes.
Dans la grande majorité des cas, ces personnes isolées ne connaissent pas leurs droits ou même sont soumis à la désinformation exercée par le réseau.
Une des premières étapes est donc de s’enquérir de l’ouverture de leurs droits en matière de santé, notamment concernant l’aide médicale d’état pour les personnes étrangères ainsi que la complémentaire santé solidaire.
Rester à l’écoute du terrain par le travail de rue
Aujourd’hui, bien que 90% du public en situation d’exploitation est sur internet, la présence des associations reste importante en rue. En effet, celle-ci permet de rester ancré au terrain.
Elle donne une appréciation concrète et précise de ce qu’est l’exploitation sexuelle, de l’environnement et du contexte dans lequel elle se déroule, des besoins des victimes, ainsi que des problématiques d’addiction, de sécurité et de violence auxquelles elles sont confrontées.
Le travail de rue permet également de rester proche des personnes, et de toucher des publics particulièrement isolés, vulnérables et précarisés, qui ont des besoins sociaux forts, et qu’il serait impossible de rencontrer autrement que via les maraudes.
Enfin, l’aller-vers en rue permet d’effectuer de la prévention ciblée en fonction des problématiques de conduite à risques observées sur le terrain tout en réagissant rapidement.
La difficulté de la distance dans l’aller-vers numérique
Sur internet, la relation entre les travailleurs sociaux et les personnes victimes s’effectue à distance. Celle-ci rend difficile la création d’un lien de confiance. Par ailleurs, le public présent sur les plateformes digitales est très mobile, ce qui complexifie la continuité dans la relation.
L’espace numérique favorise également les intrusions du réseau dans la relation. Les victimes craignent alors les représailles et peuvent être amenées à couper le lien.
Tous ces éléments sont des obstacles à la véritable rencontre, l’expression et la connaissance des besoins des personnes, et in fine leur accompagnement.
Cependant, les appels systématiques permettent de réduire cette distance, complété par une présence fréquente et régulière par messages.
L’accroche par la santé reste une porte d’entrée pertinente sur Internet.
En effet, elle évite d’éveiller les soupçons du réseau. Les personnes victimes se sentent donc libres de solliciter de l’aide pour des questions de santé car cela n’est pas perçu par les exploiteurs comme une démarche d’émancipation du système d’exploitation.
Ce premier soutien favorise la confiance du public, nécessaire à l’émergence des besoins par la suite, ainsi qu’à l’adhésion à un accompagnement vers la sortie d’exploitation.
Visibiliser le phénomène de traite auprès des acteurs
L’aller-vers permet également de visibiliser les phénomènes de traite et d’exploitation sexuelle pour les acteurs sociaux ou de santé qui interviennent auprès de ce public.
En effet, au-delà des problématiques de violence, de précarité ou d’hébergement sur lesquelles interviennent ces acteurs, il est important de mettre en lumière les situations d’exploitation sexuelle sous-jacentes quand elles sont présentes. Car en y apportant une réponse adaptée, cela permet de résoudre dans le même temps une partie des autres problèmes rencontrés.
C’est précisément le travail de rue qui permet de prendre la mesure de l’exploitation sexuelle qui touche ces publics, et d’en rendre compte auprès des autres acteurs de terrain.
Par ailleurs, une partie des personnes victimes d’exploitation sexuelle, notamment sudaméricaines, ne rencontrent que très peu, voire pas du tout, de partenaires sociaux.
Pour ceux-ci, l’aller-vers est fondamental pour établir un contact et leur venir en aide, ainsi que de les visibiliser auprès des autres acteurs sociaux.
L’Amicale du Nid
L’Amicale du Nid (AdN) est une association qui compte 75 ans d’engagement auprès des personnes en situation de prostitution, victimes du système prostitutionnel, du proxénétisme et de la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle pour un accompagnement vers la sortie d'exploitation. C’est une association laïque, indépendante de toute organisation ou parti. Ses principes sont l’égalité entre les femmes et les hommes, la non-patrimonialité du corps humain qui ne peut être considéré comme un bien ou une marchandise, la dignité de la personne humaine visant à garantir son intégrité physique et psychologique contre toute atteinte extérieur.
L’association est présente sur 15 départements et compte plus de 200 professionnel.les qualifié.es et régulièrement formé.es. Elle inscrit son action dans un continuum au service de la prévention et de la lutte contre le système prostitutionnel :
Le plaidoyer ;
action spécifique d’aide aux victimes d’infractions pénales : accompagnement juridique dédié, constitution de partie civile, chiffrage des préjudices
La prévention, la sensibilisation, la formation (l’AdN est organisme de formation), des diagnostics territoriaux, des recherches-actions, des missions mineur.es sur 5 départements : 1 500 professionnel.les sensibilisé.es et formé.es et 400 jeunes rencontré.es en intervention de prévention par an ;
L’aller-vers : 3 300 personnes rencontrées dans l’espace public, 1 700 sur Internet ;
L’accompagnement social global personnalisé : 4 500 personnes accueillies, 1 400 accompagnées ;
L’hébergement et le logement accompagné avec plus de 480 places : plus de 1 300 personnes hébergées ou logées par an (dont plus d’1/3 d’enfants).
L’adaptation à la vie active avec deux ateliers d’adaptation à la vie active (AAVA) comptant 38 places avec près de 90 stagiaires par an.
Article écrit en collaboration avec Kevin Dubost, éducateur spécialisé à l’Amicale du Nid, coordinateur de l’équipe mobile à Marseille.