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Le phénomène grandissant de l’exploitation sexuelle des mineures à travers l’Europe

Aujourd’hui, quasiment la moitié des victimes d’exploitation sexuelle sont mineures. En Europe cette forme de traite est en pleine expansion. En France, les acteurs de terrain sont souvent dépassés par ce phénomène.

Cette étude tente donc de prendre un peu de recul sur son développement en observant son déroulement dans différents pays d’Europe et en recensant les réponses apportées par chacun d’entre eux.

L’idée est d’apporter un maximum d’information aux professionnels de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) et aux associations intervenant auprès des victimes, et de leur donner des sources d’inspiration en relevant ce qui fonctionne dans les autres pays d’Europe.

Un phénomène globalement Européen

Cette parution met en relief le fait que ce phénomène d’exploitation sexuelle des mineures n’est pas spécifique à la France, comme cela est parfois perçu, mais touche l’Europe tout entière. Son développement n’est donc pas directement et uniquement lié aux difficultés rencontrées dans les foyers de l’ASE en France, comme cela est parfois avancé.

Il est alors intéressant de se pencher sur les solutions apportées par d’autres pays, qui ont pris conscience de l’ampleur de la situation depuis plusieurs années, sur le plan juridique, judiciaire et éducatif.

Par ailleurs, contrairement à certaines idées reçues, l’exploitation sexuelle touche des victimes de la nationalité du pays où elle se déroule. C’est un fait plutôt contre-intuitif par rapport à l’image couramment répandue de la traite, reliée à des phénomènes migratoires.

Une exploitation multiformes des mineures

Cette étude relève également que les mineurs sont de plus en plus perçus comme une forme de ressource pour les réseaux criminels, notamment les narcotrafiquants. Ces derniers ont pris conscience de l’aspect lucratif de l’exploitation sexuelle des adolescentes. Ils cherchent donc à développer cette activité, en parallèle du trafic de drogues, et s’appuient sur les vulnérabilités des jeunes filles pour les recruter et exercer leur emprise. Cela s’observe partout en Europe, avec des proportions différentes.

Il n’est donc pas rare que les victimes soient à la fois forcées à « dealer » et exploitées sexuellement par ailleurs.

Coopérer avec les acteurs et installer une approche par le soin

La majorité des victimes présentent des traumatismes complexes dus aux violences de l'exploitation et sont confrontées à des problèmes d'addiction. De ce fait, afin de leur venir en aide, une première approche par la santé, physique ou mentale, est essentielle à mettre en place.

En effet, cette démarche par le soin permet de créer et d’installer un lien de confiance avec les jeunes filles, fondamental pour envisager ensuite un accompagnement social et juridique vers la sortie d’exploitation.

Au-delà de cet aspect, la réussite de l’accompagnement des mineures nécessite une articulation et une coopération étroite entre l’ensemble des acteurs qui interviennent auprès d’elles, soit les associations, les professionnels de santé, la justice et les autorités judiciaires.

Ces formes de collaboration s’avèrent nécessaires pour améliorer la pertinence des soins, l’efficacité de la protection des victimes, ainsi que les chances de réussite de la procédure judiciaire et de la réinsertion sociales des jeunes filles.

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L’association « Trajectoires »

Trajectoires est une association créée en 2013 avec pour objectif d’appuyer les acteurs publics et associatifs dans la mise en place de solutions pertinentes pour l’insertion sociale des populations migrantes habitant en bidonvilles et squats en France, et notamment des populations originaires d’Europe de l’Est (Roumanie, Bulgarie, pays des Balkans).

Aujourd’hui elle travaille auprès de divers populations et publics à la marge des dispositifs d’insertion : mineurs non accompagnés, jeunes en errance, usagers de drogue, familles migrantes en situation de rue, etc.
Depuis plusieurs années, l’association s’attache également à identifier et analyser les phénomènes d’emprise dont peuvent être victimes ces populations et qui constituent bien souvent des obstacles à leur adhésion aux dispositifs de droit de commun.

Composée de professionnels avec des profils et expériences diverses, l’association intervient sur différents territoires français et collabore régulièrement avec des partenaires européens.


Article écrit en collaboration avec Olivier Peyroux, sociologue spécialisé sur le phénomène de la traite des êtres humains, des mineurs en particulier. Chercheur et engagé sur le terrain, il est l’auteur de plusieurs publications sur le sujet.