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Recréer du lien avec des jeunes en errance

Souvent en rupture avec les institutions, les mineurs victimes de traite des êtres humains représentent un défi majeur pour les professionnels. Réunis à Paris pour un colloque européen organisé par l'association Koutcha, acteurs de terrain et chercheurs ont partagé leurs solutions pour recréer du lien avec ces jeunes en errance. 

Il y a quelques mois nous vous avions transmis la présentation de ce colloque et le lien pour s’y inscrire

Retour sur cette journée riche en échange d’expériences

Des mineurs victimes de traite des êtres humains refusent parfois l'aide proposée parce qu'ils ne se perçoivent pas comme victimes, et restent sous l'emprise de réseaux criminels (exploitation sexuelle, trafics de stupéfiants…). En France comme dans d’autres pays européens (Belgique, Italie), des professionnels se démènent pour accompagner et protéger ces mineurs, parfois très jeunes. 

L’association Koutcha a organisé son premier colloque européen, le 19 mai au ministère des Solidarités à Paris, sur le thème de « l’errance » pour croiser les regards de ces acteurs de divers horizons. 

Le parcours de ces jeunes se caractérise par l’instabilité, la répétition des ruptures, l’éloignement du foyer et souvent par une forme d’errance institutionnelle. Le processus qui conduit à l’errance démarre tôt suite à des violences physiques et sexuelles subies dans la petite enfance, du harcèlement à l’école ou encore une désaffiliation pour les jeunes nés à l’étranger. 

Ainsi, « l’errance peut aussi être comprise comme un reflet d’une errance psychique, traduisant une difficulté à se fixer à un territoire, à se stabiliser dans un lien ou un lieu, après avoir été délogé, déplacé, arraché, à un espace familial, social ou symbolique. 

Chez les mineurs victimes de traite des êtres humains, l’errance est une conséquence d’un chemin impossible à trouver car les adultes (institutions, associations) n’arrivent pas à tracer une voie qui leur permet de se projeter dans un avenir et dans une société.

La protection commence toujours par la faculté de donner à la victime une possibilité d’ancrage qui constitue alors un repère rassurant et une première étape de protection. Celle-ci doit donner une double certitude à ces mineurs : qu’ils ont le droit d’être protégés et qu’ils peuvent l’être de façon efficace. 

En France, la DGCS soutient « 50 projets locaux » et finance le réseau Satouk (piloté par l’association Koutcha) qui regroupe des associations et des lieux d’hébergement proposant un accompagnement et une protection pour les victimes de traite des êtres humains mineures et jeunes majeures.

La protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ) rappelle que l’accompagnement de ces mineurs ne peut pas relever de « recettes » mais de « cousu-main qui demande des savoir-faire professionnels extrêmement fins ». 

jeunes

Au cours de la journée, des professionnels italiens et belges ont aussi témoigné de leurs expériences.

Ainsi à Rome, Civico Zero est un centre d’accueil de jour situé près de la gare qui accueille des mineurs de 14 à 20 ans. 
Outre un espace leur permettant de se laver et de se poser, le centre propose des activités ludiques afin de leur donner ces espaces d’enfance qui leur ont été niés.

En Belgique, la loi a créé des tuteurs des mineurs non accompagnés (MNA) qui accompagnent ces jeunes sur tous les aspects (hébergement, santé, titres de séjour…). Ce sont des jeunes qui ont parfois traversé plusieurs pays et sont complètement désocialisés. Il faut travailler avec eux pour leur permettre d’acquérir quelques codes afin de les faire entrer dans un centre d’accueil, explique  un tuteur pour le Service public fédéral de la Justice en Belgique. 

Mais souvent, ces jeunes ne sont demandeurs de rien et il faut aller les chercher là où ils vivent, même lorsqu’il s’agit de point de deal.

Souvent très nomades, les jeunes disparaissent régulièrement des radars des professionnels. Les collaborations à l’échelle européenne restent faibles à ce jour. 

Article rédigé en lien avec Olivier Peyroux, président de Koutcha
 

L’association KOUTCHA

 L'association Koutcha a pour objectif de proposer un dispositif d’accueil particulier permettant aux mineurs victimes de traite de se libérer de l’emprise qu’ils subissent ; de bénéficier d’un accompagnement leur permettant de se reconnaître en tant que victime de traite des êtres humains et d’adhérer à un programme pédagogique individualisé, dans le droit commun, leur permettant d’intégrer après un certain temps un dispositif plus classique. Olivier Peyroux est sociologue, spécialisé sur le phénomène de la traite des êtres humains, des mineurs en particulier. Chercheur et engagé sur le terrain, il est l’auteur de plusieurs publications sur le sujet.