Coordination : Geneviève Colas - genevieve.colas@secours-catholique.org - 06 71 00 69 90

Journée mondiale de lutte contre la traite des êtres humains

A l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre la traite des personnes, le Collectif "Ensemble contre la traite des êtres humains" s'associe à la campagne Coeur bleu des Nations unies qui concerne la lutte contre les arnaques qui mènent à l'exploitation. 

Le thème choisi cette année par les Nations unies à l’occasion de cette journée mondiale, « Piégés par l’arnaque », nous rappelle que derrière de nombreux appels téléphoniques frauduleux, de faux projets d’investissement et d’arnaques en ligne se cachent non seulement des criminels, mais aussi des victimes de la traite qui ont été trompées, contraintes, menacées et poussées à se livrer à des activités criminelles par des réseaux criminels organisés. 

Voici le témoignage d’Apinya Tajit, directrice nationale adjointe de Stella Maris, dans le diocèse de Chanthaburi, en Thaïlande, une organisation qui fait partie du réseau COATNET (réseau mondial contre la traite www.contrelatraite.org) dont le Secours Catholique - Caritas France est membre du Comité directeur. Stella Maris travaille en collaboration avec Caritas Thaïlande. 

Le récit d'Apinya, issu de son expérience personnelle, révèle la réalité humaine qui se cache derrière les escroqueries en ligne et souligne l’importance de la prévention, de la protection des survivants et de la collaboration étroite entre les organisations de la société civile et les autorités chargées de l’application de la loi. 

A une époque où les escroqueries en ligne se multipliaient rapidement, j’ai reçu un appel d’agents de la Police royale thaïlandaise, une équipe des forces de l’ordre avec laquelle j’avais déjà collaboré sur plusieurs affaires. 

Ils m’ont informée que trois jeunes femmes thaïlandaises originaires du sud de la Thaïlande avaient été trompées et amenées à se rendre au Myanmar sous la promesse de bons emplois, de salaires élevés, d’un logement, de repas et de commissions. 

À leur arrivée, elles ont découvert qu’elles avaient été emmenées dans un complexe dédié à l’escroquerie et contraintes de travailler comme escrocs. On attendait d’elles qu’elles génèrent des millions de bahts chaque mois en trompant des victimes. 

Incapables d’atteindre ces objectifs, elles vivaient dans la peur constante. 

Elles ont vu d’autres travailleuses se faire battre, raser de force et subir des décharges électriques à titre d’avertissement pour les autres. 

Nous avons reçu une demande urgente d’aide concernant l’une de ces femmes. 
On nous a indiqué qu’elle était sur le point d’être vendue à un autre groupe criminel et qu’elle risquait de disparaître à jamais si nous n’agissions pas rapidement. 

J’ai contacté la présidente de Talitha Kum Thaïlande (un réseau associatif mondial de lutte contre la traite des êtres humains), et les négociations en vue de sa libération ont commencé. 
Les criminels ont d’abord exigé 30 000 bahts thaïlandais, puis 50 000, et enfin 100 000 bahts. Je leur ai clairement fait savoir que nous ne disposions pas d’une telle somme. 
Finalement, ils ont accepté de se contenter de 50 000 bahts, somme fournie par Talitha Kum Thaïlande. 

Avant de transférer l’argent, j’ai travaillé en étroite collaboration avec la police thaïlandaise. La rançon a été versée sur un compte bancaire en Thaïlande lié au réseau criminel, ce qui a permis aux forces de l’ordre de prendre des mesures judiciaires à l’encontre du titulaire du compte. 

Vers une ou deux heures du matin, la jeune femme a été libérée au bord d’une rivière du côté birman. 
Un officier supérieur de la police thaïlandaise a traversé la rivière pour l’accueillir et la ramener en toute sécurité en Thaïlande. 
Elle a été conduite dans un lieu sûr et a fourni des informations cruciales sur le réseau criminel. 

Plus tard, elle a reconnu le chef de l’opération d’escroquerie sur Facebook et a découvert qu’il prévoyait de se rendre en Thaïlande en avion, en se présentant comme un promoteur impliqué dans l’organisation d’un événement de boxe d’envergure nationale. 
Elle en a immédiatement informé la police. La police a agi sur la base de ses informations et l’a arrêté dès son arrivée à l’aéroport. La jeune femme était enfin libre. 

Cette affaire m’a appris que l’escroquerie en ligne ne se résume pas à la cybercriminalité ou à la fraude financière. 

Derrière certains appels frauduleux se cachent des personnes qui ont elles-mêmes été trompées, victimes de traite, menacées et contraintes de commettre des délits. 

Parfois, la personne à l’origine de l’appel frauduleux peut également être une victime qui appelle silencieusement à l’aide. 

Grâce à mon travail continu avec les autorités gouvernementales et les forces de l’ordre, j’ai également vu de nombreux enfants et jeunes devenir victimes d’exploitation en ligne. 
De nombreux cas concernent des élèves de nos écoles. Les criminels peuvent supposer que ces élèves sont issus de familles aisées et les ciblent à des fins d’extorsion. 

Certains auteurs recourent à des arnaques sentimentales et au « grooming » en ligne. 

Ils gagnent la confiance d’un enfant, lui donnent le sentiment d’être aimé et le manipulent pour qu’il prenne des photos intimes. Ces images sont ensuite utilisées à des fins de « sextorsion » et peuvent être diffusées ou vendues via des réseaux criminels, notamment sur le dark web. 

C’est pourquoi je me rends dans des écoles à travers toute la Thaïlande afin d’animer des formations sur la sécurité en ligne et la sensibilisation aux escroqueries. 

Je travaille également avec des enfants et des jeunes dans des écoles situées dans les zones frontalières de la Thaïlande, en les aidant à comprendre comment les trafiquants recrutent des personnes dans des « camps d’escroquerie » et comment les réseaux criminels recrutent des jeunes pour qu’ils deviennent des « mules financières », ouvrent des comptes bancaires ou fournissent des scans faciaux et des données biométriques. 

Pour moi, la prévention doit commencer avant qu’un enfant ne devienne une victime. 

Protéger les enfants contre l’exploitation en ligne ne consiste pas seulement à leur apprendre à utiliser la technologie en toute sécurité. Il s’agit de protéger leur dignité, leur liberté et leur avenir.

 

Contact : Geneviève Colas, membre du Comité directeur du réseau mondial COATNET dont est membre Stella Maris
genevieve.colas@secours-catholique.org