La traite des êtres humains aux fins d’exploitation criminelle est en hausse en Europe. Il est urgent que les gouvernements prennent des mesures pour protéger les victimes contre les groupes criminels qui exploitent leurs vulnérabilités et pour éviter qu’elles soient considérées comme des délinquant·es, conclut le Groupe d’experts sur la lutte contre la traite des êtres humains (GRETA) du Conseil de l’Europe dans son dernier rapport annuel.
Le rapport passe en revue les progrès accomplis dans la mise en œuvre de la Convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains par ses États parties et examine les défis et les nouvelles tendances.
Des victimes de la traite forcées de se livrer au trafic de drogue, à des infractions contre les biens et au blanchiment d'argent
La traite des êtres humains aux fins d’exploitation dans le cadre d’activités criminelles, dans laquelle les victimes sont contraintes de commettre des infractions, est souvent liée à d’autres formes de criminalité organisée, telles que le trafic de drogue, les infractions contre les biens, le trafic de migrants, le blanchiment d´argent, la fraude documentaire et les escroqueries en ligne.
Dans son rapport, le GRETA met en avant les facteurs de vulnérabilité que les trafiquant·es exploitent pour contraindre les victimes à se livrer à des activités criminelles, notamment la pauvreté, le sans-abrisme, le chômage, le statut migratoire précaire, les handicaps et les addictions.
Les enfants et les jeunes sont exposés à de nombreux facteurs de risque, en particulier les mineur·es non accompagné·es ou séparé·es, les enfants placés en foyer et les enfants issus de minorités défavorisées.
Des victimes de criminalité forcée sont souvent recrutées en ligne
La criminalité forcée est devenue la principale forme d’exploitation des enfants victimes de la traite au Royaume-Uni, touchant principalement les enfants britanniques. En Croatie, l’exploitation criminelle représentait près d’un tiers des victimes identifiées sur la période 2020-2024. En Albanie, en République de Moldova, au Danemark et aux Pays-Bas, la traite aux fins d’exploitation criminelle représentait entre 7 % et 15 % des victimes.
Tout en notant que ce type de trafic est en augmentation dans de nombreux États parties, le GRETA observe qu’il est sous-représenté — voire inexistant — dans les données collectées dans certains pays.
« Le recrutement des victimes commence souvent en ligne, par le biais d’offres d’emploi, d’annonces de services, des sites de jeux et des réseaux sociaux. Les victimes sont contraintes ou forcées de se livrer à des activités qui constituent des infractions ou d’autres activités illégales.
Le fait de ne pas les identifier comme victimes de la traite des êtres humains a pour conséquence qu’elles sont arrêtées, poursuivies en justice, emprisonnées ou expulsées », a fait remarquer Conny Rijken, présidente du GRETA.
La traite aux fins d’exploitation dans le cadre d’activités criminelles est directement liée à l’application de la disposition de non-sanction de la convention anti-traite du Conseil de l´Europe, qui exige des États parties de prévoir la possibilité de ne pas imposer de sanctions aux victimes de la traite pour avoir pris part à des activités illicites lorsqu’elles y ont été contraintes.
« Sur les 47 pays évalués par le GRETA, 22 ont adopté des dispositions juridiques spécifiques relatives à la non-sanction des victimes de la traite. Leur nombre a augmenté à la suite des recommandations formulées par le GRETA. Néanmoins, les progrès restent insuffisants et nous appelons les États parties à continuer de renforcer leurs cadres juridiques et leurs pratiques », a souligné la présidente du GRETA.
En 2025, le GRETA a publié 13 rapports d’évaluation concernant l’Albanie, l’Autriche, la Bulgarie, la Croatie, Chypre, le Danemark, la Géorgie, le Liechtenstein, la République de Moldova, le Monténégro, la Roumanie, la République slovaque et l’Ukraine.