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Travail forcé : faire connaître ce phénomène encore dans l’ombre pour l'éradiquer

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Le manque d’identification de l’exploitation par le travail

Un critère de vulnérabilité genré
Cette forme d’exploitation concerne beaucoup les hommes. Or, le critère de vulnérabilité est plus facilement reconnu pour les femmes et les mineurs. 

On considère généralement que les hommes sont en capacité de se défendre face à l’exploitation. Ils sont donc rarement identifiés comme victimes de traite.

L’absence de recours accessible
En France, il est difficile pour un travailleur exploité de savoir où demander de l’aide.  La DI-RECCTE (La Direccte regroupe les Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi)et l’Office Central de Lutte Contre le Travail Illégal (OCLTI) ne sont pas connues de ces travailleurs parfois non francophones. Dans les petites villes et villages, l’isolement laisse bien souvent les victimes sans recours. 

En Belgique, il existe des espaces d’information sur le droit du travail destinés à l’accueil des migrants pour répondre à leurs questions. En France, ce type de prévention serait pertinent, notamment à l’OFII ou dans les centres d’hébergement. L’idéal serait que tout migrant arrivant en France reçoive systématiquement un livret d’accueil reprenant de façon simplifiée le cadre légal du travail et prévenant les risques d’exploitation.

La prévention, un levier essentiel contre l’exploitation par le travail

Informer les travailleurs sur le cadre légal français
De nombreux travailleurs sont victimes d’abus car ils ne connaissent pas le cadre légal du travail en France concernant l’obligation de rémunération, la période d’essai, le cadre du contrat de travail, l’interdiction de moyens de pression violent. Il est nécessaire de les en informer afin qu’ils puissent se protéger, identifier les abus de leur employeur et savoir vers qui se tourner en cas de litige : avocats, syndicats, associations, services sociaux…

Le partenariat avec les syndicats
Sensibiliser les syndicats aux logiques de traite et accompagner conjointement les victimes favorisent l’identification des situations d’exploitation et le suivi des personnes. 

La sensibilisation des professionnels
Travailleurs sociaux, professionnels de santé, employés de l’inspection du travail : ils sont tous potentiellement en contact avec des victimes d’exploitation par le travail. Afin de les ai-der à identifier les situations de traite, il est utile de leur donner des indicateurs : personne en mauvaise santé, manque de nourriture, précarité, blessures en lien avec une activité profes-sionnelle, horaires de travail étendues, relation d’emprise du patron… 
Les professionnels doivent savoir comment réagir devant ces situations et où orienter les victimes.

Une fiche « Réflexe » pour favoriser l’identification et l’accompagnement

Prévenir et protéger
Une fiche « Réflexe » sur le travail forcé a été créée par l’OICEM pour que les professionnels (travailleurs sociaux, infirmiers, policiers…) puissent repérer les situations de traite, prévenir le travailleur suspecté d’être en situation d’exploitation, connaitre les informations à récolter auprès de la personne lors de l’entretien et l’orienter vers les organismes habilités à l’accompagner. 

Une fiche « Réflexe » accessible à tous
Elle se présente sous forme d’un A4 recto / verso. 

  1. Elle explique de façon très pédagogique et simplifiée le phénomène de travail forcé et le cadre légal du travail en France afin de donner des points de repère au professionnel. 
  2. Elle présente des indicateurs de traite pour faciliter le repérage des victimes. 
  3. Elle donne des indications aux professionnels pour savoir comment réagir face à une victime de traite et où l’orienter. 

Un outil destiné aux professionnels
La fiche est distribuée aux partenaires sociaux, associatifs, dans le domaine de la santé et institutionnels. Tous ces professionnels sont susceptibles de rencontrer une personne victime de travail forcé dans l’exercice de leur fonction. Ils doivent pouvoir se poser la question de la traite par le travail et savoir comment réagir devant cette situation.

Télécharger la fiche
 

L’OICEM Organisation Internationale Contre l’Esclavage Moderne

Outre l’accompagnement de personnes victimes de traite exploitées en France et en Europe, l’OICEM développe depuis plusieurs années une assistance aux personnes mineures et majeures qui ont été victimes de traite, d’esclavage, de travail forcé, durant leur parcours migratoire. 
L’OICEM offre notamment un soutien psychologique spécialisé et vient en appui aux équipes professionnelles et bénévoles qui sont de plus en plus confrontées à des récits relatant ces faits de traite et d’esclavage.


Article rédigé en collaboration avec Nagham Hriech Wahabi, directrice de l'OICEM